Tout le monde peut construire. Plus personne ne sait quoi construire.
Un responsable produit d'un grand labo d'IA a lâché une phrase qui devrait réveiller n'importe quel fondateur : dans son entreprise, la quasi-totalité des employés - pas juste les développeurs - utilisent leurs outils de code chaque semaine. Les designers, les chefs de produit, les gens du marketing. Tout le monde construit.
Et c'est exactement le problème.
Quand tout le monde a le pouvoir de construire, la compétence rare n'est plus de savoir coder. C'est de savoir quoi garder et quoi jeter. Ce type appelle ça le "goût". Moi j'appelle ça le filtre. Et c'est la compétence la plus sous-estimée chez les fondateurs qui veulent installer une machine de contenu.
Le goût, c'est pas de l'esthétique. C'est de la stratégie.
On a tous ce réflexe : quand un outil nous permet de produire plus vite, on produit plus. Plus de posts. Plus de vidéos. Plus de newsletters. Le volume monte, la qualité s'effondre, et au bout de trois mois on se demande pourquoi personne ne répond.
Ce que ce responsable produit explique, c'est que l'IA a complètement inversé le processus de développement. Avant, tu passais 80% du temps à construire et 20% à décider quoi construire. Maintenant c'est l'inverse. La construction est quasi gratuite. La décision, elle, coûte cher - parce qu'une mauvaise décision te fait produire du bruit au lieu du signal.
Concrètement, pour toi qui montes un pipeline B2B, ça veut dire quoi ?
Ça veut dire que ta machine de contenu ne vaut rien si tu n'as pas de filtre éditorial. Tu peux générer 50 posts par semaine. Si aucun ne tape dans le problème réel de ton prospect, tu as juste automatisé ta propre invisibilité.
La "défense de zone" - ou comment arrêter de penser en fiches de poste
L'autre idée qui m'a accroché, c'est ce qu'il appelle la "défense de zone". Dans son équipe, il n'y a plus de rôles figés. Pas de "c'est le boulot du designer" ou "c'est le boulot du dev". Chacun couvre une zone du produit, et il fait tout ce qu'il faut dans cette zone.
Attention, il précise un truc important : supprimer complètement la notion de rôle, c'est une erreur. Il faut des spécialités. Mais la frontière entre les spécialités doit être floue, pas un mur.
Pour un fondateur qui monte sa machine seul ou avec une petite équipe, c'est exactement comme ça que ça devrait fonctionner. Tu ne recrutes pas un "community manager" et un "copywriter" et un "media buyer". Tu couvres des zones : acquisition, conversion, rétention. Et dans chaque zone, tu fais tout ce qu'il faut - écrire, filmer, analyser, ajuster - avec l'IA comme levier.
C'est la différence entre un fondateur qui délègue à l'aveugle et un fondateur qui pilote. Le premier se retrouve avec 15 freelances et zéro cohérence. Le deuxième a un système répétable qui tourne.
Le produit a failli échouer parce qu'il est sorti au bon moment
Dernier point qui m'a marqué. Ce responsable dit que leur application aurait échoué s'ils l'avaient lancée trois mois plus tôt. Pas parce que le produit n'était pas prêt techniquement. Parce que le modèle en dessous n'était pas assez bon pour que l'expérience tienne sa promesse.
Traduction pour toi : ne lance pas ta machine de contenu avant d'avoir le filtre qui va avec. Un pipeline qui crache du contenu médiocre, c'est pire que pas de pipeline du tout. Parce que ça entraîne tes prospects à t'ignorer.
Le timing, c'est pas "est-ce que je suis prêt". C'est "est-ce que ce que je produis est assez bon pour que quelqu'un s'arrête de scroller".
Ce que ça change pour toi, maintenant
Premièrement, investis dans ton filtre avant d'investir dans ton volume. Lis tes 10 derniers posts. Combien répondent à un vrai problème de ta cible ? Combien sont du remplissage ? Sois honnête.
Deuxièmement, arrête de penser en rôles et commence à penser en zones. Ta zone acquisition, elle est couverte de bout en bout ? Ou tu as un trou entre le contenu que tu publies et le premier message que ton prospect reçoit ?
Troisièmement, accepte que le goût se travaille. C'est pas inné. C'est le résultat de milliers de décisions "je garde / je jette". Plus tu produis avec un vrai filtre, plus ton filtre s'affine. C'est un muscle, pas un don.
L'IA te donne le levier. Le goût te dit où appuyer.
La question que je te pose : dans ta machine actuelle, est-ce que tu passes plus de temps à produire ou à décider quoi produire ? Si c'est la première réponse, tu as un problème de goût, pas un problème d'outil.
Plus sur la machine de contenu dans Le Journal.
